Amin Maalouf se livre (en live)
“Je n’écoute jamais de musique en écrivant. Je sens que la musique perturbe la musique intérieure qu’on est censé avoir pendant qu’on écrit. Je commence à travailler le matin, à mon rythme, tous les jours, et j’avance un peu chaque jour, lentement d’ailleurs – j’écris rarement plus de deux-trois pages par jour, je ne suis pas un écrivain qui accumule facilement les pages, j’avance très lentement, je relis beaucoup, je corrige beaucoup, donc les livres avancent lentement, mais comme je travaille un peu tous les jours, ça finit par se constituer.
Il faut laisser une liberté aux personnages sinon ils deviennent des marionnettes. Il faut brosser le portrait du personnage, le sentir, et à partir de là, ne pas lui imposer un comportement de bout en bout. Il faut sentir comment il réagirait devant telle ou telle situation, et je dirai que c’est ce qu’il y a de plus intéressant, de plus stimulant : se retrouver dans une scène avec des personnages que l’on a campés, et les laisser réagir les uns avec les autres, discuter, imaginer ce que dirait l’un ou l’autre, comment réagirait l’un ou l’autre.
Le tout premier coup de foudre, dans mon souvenir, ce sont Les Voyages de Gulliver. J’ai dû le lire quand j’avais 12-13 ans, 11 ans peut-être, et ça m’avait fasciné. Je découvrais ce qu’on peut faire avec l’imaginaire. Jusqu’à présent d’ailleurs, j’ai une dévotion pour ce livre. On ne peut pas se passer de livres. Il y a beaucoup de moyens pour acquérir le savoir aujourd’hui, mais un livre apporte quelque chose de plus. Il apporte un moment en tête à tête avec un auteur, son imaginaire, ses idées, et si on ne peut pas se plonger l’espace de 300 pages dans cet univers, c’est qu’on n’arrive pas à avoir le degré de concentration qu’il faut pour imaginer un monde différent et influer sur le cours des choses.”
DERNIER OUVRAGE PARU
Les désorientés
Amin Maalouf
Ed. Grasset
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